
Le coefficient de marée mesure l’ampleur de la marée : plus il grimpe, plus la mer monte haut, se retire loin et crée du courant. Pour le surfcasting en Aquitaine, ce nombre décide de la fenêtre de pêche autour de la pleine mer, du poids de plomb à prévoir et de la marge de sécurité sur la plage.
Ce que mesure le coefficient de marée
Le glossaire du réseau REFMAR, coordonné par le SHOM, service hydrographique et océanographique de la Marine, en donne la définition : le coefficient est la mesure de l’amplitude de la marée rapportée à l’unité de hauteur. Cette unité vaut le demi-marnage d’une vive-eau moyenne d’équinoxe, le marnage désignant l’écart de hauteur entre une basse mer et la pleine mer suivante. Le coefficient compare donc la marée du jour à une grande marée type, sans unité, quand l’annuaire donne les hauteurs en mètres.
Le sommet de l’échelle est fixé : dans une brève sur la Limite terre-mer, mise à jour le 7 décembre 2021, le SHOM rattache le coefficient 120 aux plus hautes mers astronomiques, par pression normale, sans vent ni vague. À l’autre bout, les plus faibles mortes-eaux laissent une mer qui bouge à peine. Selon la présentation du service Marées à la carte, mise à jour le 1er juin 2023, ces coefficients ne sont calculés que pour les ports métropolitains de la Manche et de l’Atlantique ; le cours de marée du SHOM estime d’ailleurs le marnage de la côte sud de la France à dix ou vingt centimètres.
Lune, Soleil et cycle des vives-eaux
La marée naît de l’attraction de la Lune et du Soleil. D’après ce cours, que le SHOM met en ligne sur REFMAR, la Lune, bien plus proche, exerce une action un peu plus de deux fois supérieure à celle du Soleil. Les deux astres tirent tantôt dans le même axe, tantôt à angle droit :
- à la syzygie, nouvelle ou pleine lune, leurs effets s’additionnent et la marée gonfle jusqu’aux vives-eaux, maximum du marnage ;
- en quadrature, aux premier et dernier quartiers, la marée retombe aux mortes-eaux, minimum du marnage ;
- le revif désigne la phase où l’amplitude augmente, le déchet celle où elle diminue.
Le pic suit la pleine lune avec un léger retard, que le SHOM nomme « âge de la marée ». Le mois lunaire durant environ 29,5 jours selon le même cours, des vives-eaux reviennent toutes les deux semaines environ.
Les saisons ajoutent leur part. Dans l’extrait d’annuaire de Brest pour 2001 que le SHOM diffuse sur REFMAR, les coefficients vont de 30 à 114, et les plus hauts tombent les 10 et 11 mars puis les 18 et 19 septembre, près des équinoxes : les grandes marées de printemps et d’automne découlent de la position des astres.

Lire un annuaire sans se tromper d’heure
Sur le portail Horaires des marées du SHOM, l’annuaire des marées se lit comme une grille quotidienne : pleines mers notées PM, basses mers BM, chacune avec son heure et sa hauteur, le coefficient accolé aux pleines mers. Avant une sortie, quatre vérifications s’imposent :
- le port de référence le plus proche de la plage visée, car l’heure de pleine mer varie le long du littoral ;
- l’affichage en heure légale plutôt qu’en heure UTC, le portail proposant les deux ;
- la pleine mer du jour, sa hauteur et son coefficient, comparés aux jours voisins pour savoir si la marée est en revif ou en déchet ;
- le niveau de départ : les hauteurs se comptent au-dessus du zéro hydrographique, estimation du niveau des plus basses mers astronomiques selon le glossaire REFMAR.
L’annuaire de Brest déjà cité montre l’ampleur du mouvement : le 3 janvier 2001, la pleine mer du matin atteint 5,45 m pour un coefficient de 43 ; le 11 janvier, 7,35 m pour un coefficient de 103.
Les horaires glissent aussi chaque jour. La Lune repassant au même méridien toutes les 24 heures et 50 minutes, rappelle le cours du SHOM, la pleine mer revient en moyenne un peu moins d’une heure plus tard d’un jour à l’autre ; le 4 janvier 2001, l’annuaire de Brest ne compte d’ailleurs qu’une seule pleine mer.
Dernière précaution : selon la page de l’Espace de diffusion du SHOM consacrée à son portail de marées, les calculs supposent une pression d’environ 1013 hPa, et une baisse de 10 hPa élève le niveau d’à peu près 10 cm. Sous une forte dépression, la mer monte donc plus haut que l’annuaire.
Le coefficient vu depuis une plage aquitaine
Un même coefficient ne produit pas le même marnage partout. Le cours de marée du SHOM situe le marnage de vive-eau moyenne vers 4 m au fond du golfe de Gascogne, contre 6 m à Brest et plus de 12 m en baie du Mont-Saint-Michel. Sur le sable en pente douce des Landes et du Médoc, quelques dizaines de centimètres de hauteur en plus repoussent pourtant le bord de l’eau loin vers la dune. Le coefficient y modifie trois choses :
- le courant : plus la mer a d’eau à déplacer, plus le flot et le jusant poussent, et plus la ligne dérive le long de la plage ;
- les baïnes : par fort coefficient, elles se remplissent plus vite et se vident plus violemment par leur chenal ;
- la zone pêchable : en vives-eaux, l’eau atteint la laisse de mer en haut de plage, alors qu’en mortes-eaux elle s’arrête bien plus bas.
La lecture des chenaux et des fosses à marée basse est détaillée dans le guide du surfcasting sur la côte landaise et médocaine ; le coefficient dit avec quelle énergie la marée remplira ces reliefs.

Caler sa session sur le coefficient du jour
La pleine mer reste le point d’ancrage d’une sortie sur le sable aquitain : le flot recouvre des zones riches en nourriture et le poisson le suit. La montée, elle, n’est pas régulière : lente en début de flot, rapide en milieu de marée, elle ralentit avant l’étale, ce moment où le niveau reste presque stationnaire. Par gros coefficient, l’accélération est plus marquée.
| Phase de la marée | Sur le sable | Réglage de la session |
|---|---|---|
| Mortes-eaux | Courant faible, étale longue | Fenêtre large, plomb plus léger, bas de ligne fins |
| Revif | Courant qui se renforce de jour en jour | Poste repéré à marée basse la veille |
| Vives-eaux | Flot puissant, baïnes qui se vident en force | Milieu du montant, plomb à grappin |
| Grandes marées d’équinoxe | Eau très haute, retour d’eau violent | Repli prévu vers la dune |
Par mortes-eaux, la fenêtre s’étire : la fin du montant et le début du perdant se pêchent presque d’un bloc, sur des poissons souvent méfiants. Par vives-eaux, tout se joue plus vite, au milieu du flot, quand le courant remet la nourriture en suspension. C’est souvent l’heure du bar, dont les postes et les esches figurent dans le guide pour pêcher le bar depuis la plage. Beaucoup de pêcheurs préfèrent pourtant les coefficients moyens d’un revif, quand le courant monte sans encore arracher les lignes.
Grandes marées : garder une marge sur le sable
Les gros coefficients sont aussi ceux qui piègent le plus. La mer de vives-eaux remonte vite dans les baïnes et peut isoler un banc avant que le pêcheur ne s’en rende compte : jamais de chenal traversé à marée montante, et une ligne de retraite vers la dune repérée avant la nuit.
Le matériel se pose au-dessus de la laisse de mer, que la pleine mer d’une grande marée dépasse parfois quand le vent pousse. La page Niveau de la mer du SHOM, mise à jour le 9 avril 2024, rappelle que le SHOM et Météo-France opèrent les simulations de la Vigilance vagues-submersion : par coefficient élevé, la consulter avant de partir s’impose.

Des waders mal serrés deviennent un danger dans le ressac ; le comparatif des bottes et waders pour la pêche en mer rappelle le rôle de la ceinture. De nuit, une frontale et l’heure de pleine mer notée avant le départ complètent la prudence.
Marées et surfcasting : les questions
Combien de marées se succèdent en vingt-quatre heures ?
Sur la façade atlantique, la marée est semi-diurne : deux pleines mers et deux basses mers par jour, de hauteurs voisines, selon le cours de marée du SHOM. Le cycle suit pourtant le jour lunaire de 24 heures et 50 minutes, et non la journée civile. Les horaires glissent donc chaque jour, et une date de l’annuaire n’affiche parfois qu’une seule pleine mer ou une seule basse mer.
Quel est le plus grand coefficient de marée ?
Le haut de l’échelle est 120 : le SHOM associe cette valeur au niveau des plus hautes mers astronomiques, par conditions atmosphériques normales. Elle reste rare, et le portail REFMAR cite 1980, 1993, 1997 et 2015 comme des années de coefficient exceptionnel. Ces pointes correspondent aux vives-eaux d’équinoxe renforcées par le passage de la Lune au plus près de la Terre.
Combien de temps dure une marée montante ?
En théorie, un peu plus de six heures : le cours du SHOM retient un quart de jour lunaire, soit 6 heures et 12 minutes, entre une pleine mer et la basse mer suivante, et le montant suit la même logique. Sur le terrain, la durée varie selon le port, le coefficient et le vent, et la montée ralentit nettement à l’approche de l’étale.
Un gros coefficient rend-il la pêche plus productive ?
Pas toujours. Un fort coefficient brasse le sable et rapproche certains prédateurs du bord, mais il charge aussi l’eau, fait dériver les lignes et raccourcit la fenêtre utile. Une petite marée par mer calme offre parfois de très belles sessions sur des poissons méfiants. Le coefficient se lit avec la houle, le vent et la lumière : c’est l’accord des quatre qui fait la soirée.